Réseaux sociaux : désinformation et pensée unique, des dangers au coin du mur ?

Cela fait maintenant cinq ans que j’ai créé et que je dirige Dynamo Néocom, jolie petite boîte vannetaise spécialisée sur les Réseaux sociaux. Cinq années à côtoyer le web, à suivre ses évolutions, à utiliser ses fonctionnalités sans cesse renouvelées. 
Même si je ne connais pas Internet comme ma poche (il faudrait une grande poche, tout de même), j’y passe suffisamment de temps – en moyenne 9 heures par jour – pour en comprendre le fonctionnement. Et cette petite bête là est bien maline ! Je me sens légitime pour vous faire part aujourd’hui d’un constat que je partage avec de plus en plus d’experts du digital : la non-partialité du web ! 

 

LA PERSONNALISATION D’INTERNET 

Il est fini le temps des cathédrales, le monde est entré du web unique, vitrine semblable d’un ordinateur à un autre, « mêmes recherches, mêmes résultats ». Désormais, le fonctionnement d’Internet est tout autre : faire en sorte qu’Internet vienne à l’internaute et non plus que l’internaute fasse lui-même ses recherches. Dans un certain sens, cela revient à tenter d’anticiper nos recherches, nos projets, nos goûts, nos « besoins », avant même que nous fassions des requêtes. Fonctionnement subtil et discret, conséquence radicale : le web se personnalise. 
Saviez-vous par exemple que quand vous naviguez sur votre fil d’actualités Facebook (autrement appelé le mur), vous n’en voyez qu’une petite partie ? Concrètement, ça veut dire quoi ? 
  • Vous ne voyez pas toutes les publications de tous les comptes et pages qui vous suivez. Le tri est fait aléatoirement par Facebook, en fonction de vos intérêts du moment. 
  • Si vous avez récemment montré un intérêt pour les cours de cuisine (en aimant une ou plusieurs pages Facebook sur ce sujet, par exemple, ou encore en partageant des posts qui traitent de ce thème), le célèbre réseau social vous proposera à coup sûr d’autres pages sur la cuisine, vous faisant penser que vous aviez raison d’aller vers ce thème. 
  • Les publications « sponsorisées » qui se nichent discrètement entre les posts de vos amis, de votre famille et des pages que vous avez choisi de suivre, arrivent dans VOTRE fil d’actualités parce que VOUS êtes dans la cible des entreprises qui les diffusent. Peut-être que votre voisin ne verra jamais cette pub, n’entendra jamais parler de cette entreprise, tout comme vous ne verrez peut-être jamais les pubs qui lui sont proposées. 
  • Si vous aimez le cinéma, il est fort probable que Facebook ne vous propose jamais d’aller au théâtre, ne remettant jamais en cause votre intérêt pour le septième art. 
C’est comme ça sur Facebook, et sur les autres Réseaux sociaux… et tout Internet devient comme ça ! 

 

LA DÉSINFORMATION, un danger au coin du mur 

Désinformation, Kézako ? Il s’agit du processus qui consiste à utiliser des techniques d’information de masse dans le but d’influencer, et/ou de cacher des informations ou les présenter sous un angle erroné/incomplet. 
Bien souvent quand on parle de désinformation, on a en tête les campagnes de communication massives en vue d’influencer une campagne électorale (les exemples se multiplient ces derniers mois !). Dans un récent article, La Tribune indique que « De récents travaux de recherche ont mis en évidence le lien étroit existant entre les résultats politiques d’une élection et la nature et la quantité des échanges sur ces médias les jours et mois précédents ». Mais la désinformation peut être plus subtile, comme un danger au coin du mur… Comment ? En nous enfermant dans nos idées, par exemple, en renforçant notre sentiment d’avoir raison, de détenir la vérité.
Sur les Réseaux sociaux, nous sommes la grande majorité du temps (si ce n’est tout le temps) en accord avec les autres internautes, les informations qui nous sont proposées collent à nos idées, les renforcent. Il y a de dramatique à cela l’idée de penser que ceux qui n’ont pas nos idées se trompent. Sur les réseaux sociaux, nous avons tous l’impression d’avoir raison. 
Pourquoi iriez-vous remettre en cause les idées que vous partagez avec vos amis, votre famille et même plein d’autres personnes que vous ne connaissez pas ? C’est absurde, bien sûr que vous avez raison !
Vraiment ? 
L’humain est fait de sorte qu’il se rapproche avec d’autres personnes semblables. Il est en effet plus simple et confortable d’échanger sur des sujets sur lesquels on s’accorde, plutôt que sur des sujets de désaccord. 

 

Réveillons notre esprit critique 

Dans un tel fonctionnement, quelle place laissons-nous à l’ouverture d’esprit ? À la tolérance ? À l’ouverture aux autres ? N’allons-nous pas vers une uniformisation des modes de pensée ? À l’heure où l’on attend de nous d’ouvrir nos consciences sur de nombreux plans (immigration, écologie, économie…), ne sommes-nous pas tirés au contraire vers un enfermement ? Je m’interroge. 
Le fait de conforter quelqu’un dans ses idées, de l’y installer encore plus assurément, ne risque-t-il pas de nous priver à plus ou moins court terme de notre capacité de recul et de discernement ? À long terme et sans éducation à cela, cela pourrait-il avoir de graves conséquences sur notre fonctionnement, individuel et collectif ? 
Les Réseaux sociaux favorisent l’accès à l’information… mais pas à l’information juste et impartiale. Elle est bien souvent erronée et tronquée. Tenir pour vrai ce que l’on voit sur Facebook, c’est comme croire mot pour mot ce que la télévision nous dit. C’est utopique. 

 

Jusqu’où ça peut aller ? 

J’ai la sensation que nous pourrions même aller jusqu’à renforcer les clivages déjà existants entre idéaux qui seront de plus en plus forts à l’avenir, favorisant ainsi la montée de l’extrémisme de tous bords. 
Des enjeux importants se dessinent aujourd’hui et je suis curieuse de connaître l’avis de sociologues à ce sujet. J’ai le désir d’agir, d’informer, de prévenir, d’éduquer… Des actions sont déjà menées. Mais il faudrait que ça aille plus vite, que chacun puisse savoir maintenant, et agir en conséquence. A travers mon travail au quotidien en tant que Social Media Manager, je suis heureuse de pouvoir contribuer à mon petit niveau à cela. 

 

Les Réseaux sociaux ne sont pas le reflet de la réalité. Ils ne sont le reflet que de votre réalité. Le monde est plus vaste que ça, riche de beaucoup plus d’idées diverses, de profils de personnes divers, de saveurs, de points de vue et d’idées. Levez le nez, prenez du recul, éveillez vos consciences et partagez vos connaissances à ce sujet ! 

Marion CHAULOUX, Dirigeante de Dynamo Néocom 

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2 réflexions sur “Réseaux sociaux : désinformation et pensée unique, des dangers au coin du mur ?

  1. GUILLON VERNE dit :

    Bravo Marion, excellent article ! je partage complètement cette idée du danger des réseaux sociaux dans le renforcement des clivages et de l’extrèmisation des idées. C’est la raison principale pour laquelle j’ai quitté facebook. Je préfère les discussions entre 4 yeux qui obligent à plus d’attention à notre interlocuteur et donc à plus de respect pour lui qui est d’abord une personne avant d’être un mur d’idées plus ou moins toutes faites….

    Hervé

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